lundi 3 juillet 2017

Pollen(s)




Pollen(s)


L'art de la ciselure s'inscrit habituellement dans une tradition de reproduction du monde et particulièrement de la nature visible.
Pendant des siècles, cette technique d'ornementation s'est appliquée à représenter ce que l'oeil perçoit et n'a pas évolué depuis les origines de cet art.
Il en est allé de même pour les sujets exploités, parmi lesquels la représentation florale tient une place prépondérante .

Or, les évolutions technologiques de ce siècle, si elles ont eu peu d'impact sur les outils de la ciselure (métaux, ciselets, marteaux etc sont restés les mêmes…), viennent par contre révolutionner notre perception du visible et notre appréhension de la nature.
Télescope spatial ou microscope électronique sont autant de nouveaux outils qui ont bouleversé notre conscience du réel et les possibilités de le représenter à travers l'art.
Ainsi, offrant à présent accès à de nouvelles dimensions, la diversité de nos connaissances peut-elle stimuler l'inspiration et la nourrir d'une résonance toujours plus précise entre l'homme et la nature, l'artiste et son sujet,l'artisan et ses réalisations ?

Mon travail sur cette pièce s'inscrit dans la lignée de cette nouvelle approche du monde et de notre environnement.
M'arrachant des représentations florales traditionnelles, je m'aventure jusqu'aux plus petits recoins du visible végétal.
Me rapprochant du sujet grâce aux images de microscope électronique, je m'éloigne du pétale habituellement représenté, et propose de nous emmener dans l'observation du pollen qui nous était jusqu'à présent, si ce n'est interdite, du moins impossible.


Allégorie :

Les trois créations présentées ( deux manchettes et une bague) deviennent non seulement des représentations de cette nouvelle focale offerte à notre regard, mais sont également une allégorie de la diversité écologique et des transformations qu'elle subit actuellement.
Ainsi, reproduisant différentes variétés de pollen qui constituent le butin qu'une abeille rapporte à sa ruche, ces œuvres nous mettent face à un constat particulièrement sensible et d'actualité à savoir le déclin de la biodiversité.
La palynologie, disposant aujourd'hui d'outils suffisamment puissants, nous renseigne sur les évolutions et les conséquences des productions agricoles intensives comme par exemple la culture du maïs de plus en plus présente sur nos territoires. Gourmande en eau et grande consommatrice de chimie elle est incontestablement un perturbateur du bon fonctionnement des ruches avoisinantes.

Le premier bracelet propose un panel fourni et varié de grains de pollens de différentes provenances et d'espèces florales, présenté sur fond d'alvéoles telles qu'on peut les trouver dans une ruche en bonne santé.
Cette richesse, dorée de la couleur du miel, est en périphérie agrémentée de quelques points argentés qui se distinguent de l'ensemble.
Ce sont les grains de pollen du maïs, tout à fait identifiables mais encore minoritaires dans les récoltes d'une abeille au milieu du 20ème Siècle.

Le second bracelet s'attache à reproduire le même butin de pollen en notre début de 21ème Siècle.
Force est de constater que la diversité des formes de pollens et leur concentration est maintenant bouleversée…
La récolte est plus maigre; des alvéoles restent vides; le pollen de maïs a envahi l'ornement et s'impose à présent au détriment de la diversité. Les autres formes subsistent à peine...

La troisième réalisation est à l'échelle du constat qui s'impose à nous :sa taille s'est réduite à celle d'une bague.
L'argent a pris le pas sur l'or. L'ornementation en est minimale : un unique grain de pollen de maïs y est représenté. Mais celui-ci, surdimensionné, monstrueux, est venu prendre toute la place, comme la métaphore d'une catastrophe annoncée. De plus la structure des rayons c'est disloquée et la chaîne du vivant se brise.

De simple reflet du monde la ciselure devient messagère et la parure dénonce, accuse, tente d'avertir….

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